Ce jeudi 16 octobre 2025, une conférence sur l’avenir de l’agriculture s’est tenue à Aubel, rassemblant un public varié et engagé.
Le GAL Pays de Herve a eu le plaisir d’accueillir cinq intervenants de qualité :
- Caroline Battheu-Noirfalise, chercheuse en systèmes d’élevage au CRA-W,
- Xavier Fettweis, climatologue et professeur à l’ULiège,
- Christophe Lacroix, chercheur en ingénierie des productions végétales à Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège),
- Thibault Gérardy et Damien Lonneux, éleveurs laitiers.
Pourquoi cette thématique ?
Le GAL s’intéresse particulièrement à la prairie bocagère, au cœur de sa mission Agriculture et Environnement. Ces écosystèmes sont soumis à de nombreuses pressions : urbanisation, agrandissement des fermes, réduction du pâturage et impacts des changements climatiques.
Cette conférence avait pour objectif de combiner expertise scientifique et retours de terrain afin de mieux comprendre les défis à venir et d’identifier des stratégies durables.
Ce qu'on retient
🌦️ Climat et gestion de l’eau
- Dans un monde à +2°C, le Pays de Herve bénéficie d’une altitude plus élevée que la moyenne belge, limitant le nombre de jours très chauds.
- Les sécheresses extrêmes seront plus fréquentes, et les précipitations, bien que globalement stables, seront plus intenses et moins régulières.
- La variabilité climatique devient le nouveau maître mot : alternance possible entre étés humides et très secs.
- L’aménagement du territoire devra intégrer des zones capables d’absorber et de conserver l’eau pour limiter les risques liés aux événements extrêmes.
🌾 Rendements agricoles et élevage
- La prairie sera moins impactée que d’autres cultures comme les pommes de terre ou les céréales, mais sa croissance sera plus irrégulière : rendement printanier en hausse, mais réduction en été.
- Le maïs connaîtra une forte variabilité de rendement ; il sera essentiel de gérer les stocks et d’adapter le parcellaire avec d’autres cultures afin de lisser les effets de cette variabilité.
- Concernant le bien-être animal, les bovins toléreront mieux les températures élevées que les porcs ou les poulets grâce à leur capacité de transpiration. Il est déjà possible de mettre en place des solutions pour diminuer les effets négatifs de la chaleur sur les bovins comme le choix d’une génétique adaptée, la création de zone d’ombrage et l’accès à l’eau.
🐄 Durabilité des exploitations laitières
Caroline Battheu-Noirfalise a présenté les résultats de sa thèse évaluant la durabilité de 209 fermes laitières selon des critères économiques, environnementaux et sociaux.
Les fermes les plus durables se caractérisent par :
- Un faible nombre d’UGB par hectare (moyenne 1,88),
- Des coûts phytosanitaires et vétérinaires réduits,
- Un meilleur rendement en herbe,
- Des pratiques proches du bio,
- Une gestion technique pointue plutôt que le recours aux intrants.
Exemples concrets
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Damien Lonneux, éleveur bio, a développé un système résilient combinant épandage efficace et croisement du cheptel avec une race plus rustique. Sa gestion lui a permis de libérer du temps pour sa famille, en engageant une ouvrière agricole, tout en maximisant le bien-être de ses animaux.
- Thibault Gérardy, également éleveur bio, s’inspire du modèle néo-zélandais : la prairie est valorisée au maximum, traite en prairie, pratique du vêlage groupé et achat d’herbe sur pied à des voisins pour constituer ses stocks de fourrage. Il parvient ainsi à être rentable, tout en limitant ses investissements et en valorisant ses prairies.
En conclusion
Cette soirée a mis en lumière que l’élevage basé sur l’herbe et à taille humaine peut être durable et donc rentable. Les prairies permanentes du Pays de Herve sont un atout majeur pour la résilience du territoire et la durabilité des exploitations. L’élevage bovins a encore de longs jours devant lui malgré les changements climatiques, à conditions de mettre en place des systèmes et des pratiques qui tiennent compte des adaptations à réaliser. Toutes les exploitations agricoles ne sont pas durables, mais nous avons la chance au Pays de Herve d’avoir un système historique qui par nature est durable. Il est nécessaire d’en être conscience pour le faire perdurer.
Chacun a un rôle à jouer :
- Les politiques : choix stratégiques et aménagement du territoire,
- Les agriculteurs : gestion durable des fermes,
- Les citoyens : gestes de consommation et respect du travail agricole local.
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Un grand merci à nos orateurs, à Manu Yvens pour l’animation et la modération, et au public pour sa participation et ses échanges passionnés.
Les témoignages de nos intervenants
